Permis C: y a-t-il un pilote dans le camion ?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Permis C: y a-t-il un pilote dans le camion ?

Message par jsp13 le Jeu 22 Juin 2006 - 21:02

Dans tous les Sdis, le permis C devient une priorité en termes de formation. La pénurie de conducteurs PL contraint les responsables départementaux à faire passer un grand nombre de permis. Certains s’appuient sur des sociétés prestataires de services tandis que d’autres ont choisi de créer en interne des « camions-écoles ». Le permis C doit néanmoins être suivi d’une formation adaptée pour que ces chauffeurs deviennent des conducteurs pompiers aguerris.

Texte > Hugues Demeude > Photos > Pascal Rossignol
Je suis ici pour sauver le camion de mon centre », confie Sébastien Lantoine, 25 ans, volontaire au CIS Poix-du-Nord (59). Derrière son pupitre de la salle de formation du Sdis du Nord, il écoute avec beaucoup d’attention les cours dispensés par le moniteur de l’auto- ou plutôt du « camion-école ». Comme les dix-sept collègues autour de lui, il s’apprête à suivre trois semaines d’études et d’entraînement au terme desquelles il espère décrocher son permis poids lourd. « Dans notre centre, deux conducteurs partent à la retraite, ce qui nous fragilise car nous sommes maintenant en pénurie de pompiers détenteurs du permis C. Si nous refusons le départ à plusieurs reprises faute de conducteur, le Sdis va nous retirer le camion pour nous mettre un VPI à la place. Etant tourneur-fraiseur, je n’ai pas particulièrement besoin de ce permis dans mon travail, mais j’ai considéré que c’était de mon devoir d’agir ainsi.»



Dans tous les départements, les signaux sont passés au rouge depuis quelques années : le nombre de sapeurs-pompiers détenteurs du permis poids lourd s’est réduit comme une peau de chagrin, créant par endroit des situations très problématiques. « Il a fallu que nous réagissions vivement à partir de 2001 car nous avons constaté que de plus en plus d’engins restaient cloués dans la remise car personne dans le centre n’était en mesure de les conduire, explique le commandant Stéphane Beauventre, chef du groupement formation du Sdis du Nord. Nous avons pris des mesures urgentes dans plusieurs centres de secours qui se retrouvaient avec seulement deux conducteurs. Des professionnels ont été envoyés pour assurer des gardes, et nous avons mis en place un dispositif pour former beaucoup de sapeurs-pompiers à la conduite de nos engins. C’est un phénomène national à prendre très au sérieux.»

Constat alarmant
Aujourd’hui, dans tous les Sdis, le permis C devient une priorité en termes de formation. Le besoin est considérable, pour plusieurs raisons. D’abord à cause de l’arrêt du service militaire durant lequel, auparavant, les recrues se formaient au permis C, leur permettant de conduire les véhicules de plus de 3,5 tonnes. La fin de l’armée a été synonyme de perte sèche pour les Sdis. A cela s’ajoute le fait que de nombreux caporaux sont passés ces dernières années chef d'agrès : ils laissent le volant, eux qui avaient quasiment tous le permis, à de plus jeunes qui ne l’ont pas. Autre raison, le vieillissement naturel du corps fait que de nombreux sapeurs-pompiers prennent actuellement leur retraite en étant remplacés par de jeunes recrues sans permis C. « Nous recrutons environ 200 agents professionnels par an », souligne le commandant Beauventre qui évolue dans un département aux dimensions considérables : premier Sdis de France en matière de formation, avec 62 000 journées stagiaires, le Nord s’appuie sur 1800 professionnels et 4 500 volontaires qui défendent une population de 2 200 000 habitants avec un budget de 170 millions d’euros. « Le SDACR nous impose de recruter chaque année 52 agents, auxquels s’ajoutent les 130 départs à la retraite et les 16 embauches consécutives aux ARTT. Le problème est qu’ils ont souvent un bon niveau d’études mais qu’ils n’ont pas trop l’habitude d’avoir les mains dans le cambouis. Et cette situation est la même dans l’ensemble de l’Hexagone.»



Les sapeurs-pompiers professionnels présents dans la salle de formation ont conscience de ce fait, à l’instar de Richard Coisne, 40 ans : « La carence en chauffeurs poids lourd était devenue si handicapante pour mon CIS de Valenciennes qu’il y a eu une mobilisation de la part des gars : on a été une vingtaine à vouloir passer le permis, et c’est moi qui ai été sélectionné cette fois-ci. Il était grand temps de bouger… ».



Aux 200 professionnels recrutés dans le Nord chaque année s’ajoutent 450 volontaires qui dans les centres sont confrontés à la même pénurie. Ils intègrent leurs centres souvent jeunes et inexpérimentés et découvrent des équipements sapeurs-pompiers de lourds tonnages. Même les ambulances qui ne nécessitent pas de permis C apparaissent de plus en plus lourdes, charnues, avec un aménagement toujours plus conséquent. « Les engins nécessitent de plus en plus le permis C et nous en avons de moins en moins », constate le commandant Beauventre.

Trois solutions de formation
Chaque département a le choix entre trois solutions pour son dispositif de formation au permis poids lourd. La première consiste à externaliser la formation en passant un contrat avec une société spécialisée auto-camion-école. Le Sdis s’accorde sur le nombre de permis à faire passer par an et sur leur coût, en sachant que le tarif unitaire est d’environ 1 500 euros. La deuxième mise sur l’autonomie en interne. Il s’agit de créer une école de conduite dans l’enceinte du Sdis en engageant un ou plusieurs moniteurs qualifiés et en investissant dans un camion à double pédalage agréé par la DDE. La dernière solution consiste à établir un mixage entre les deux premières : une partie en interne, une partie en externe. Le Sdis du Nord a choisi cette alternative : « Il y a deux ans, face à la crise, nous avons fait le calcul : le salaire d’un moniteur dont la charge de travail est de 70 permis par an, plus l’achat du camion évalué à 20 000 euros étaient plus avantageux que de tout externaliser en devant payer 1 500 euros par agent formé. Néanmoins, cela ne répondait pas tout à fait à nos besoins. Les 70 permis pris en charge par le moniteur étaient encore nettement insuffisants. Nous avons donc décidé de faire passer 100 permis supplémentaires à l’extérieur, en faisant appel à un prestataire de services qui nous facture 1 300 euros pièce ».



La formation en interne se déroule sur trois semaines, tandis que celle à l’extérieur s’étend sur trois mois. Les professionnels – qui représentent environ 70 % des personnels formés au permis C – apprécient davantage la première formule, plus ramassée dans le temps, et les volontaires s’adaptent mieux généralement à la deuxième, qui correspond plus à leur disponibilité.



Au niveau national, à titre d’exemple, les Sdis de l’Essonne, de la Gironde, des Vosges ou du Bas-Rhin ont complètement externalisé leur formation au permis C. Les Bouches-du-Rhône, à l’inverse, tout comme les Yvelines, ne l’organisent qu’en interne, après avoir créé une grosse école de conduite et recruté chacun trois moniteurs. Peu de départements ont fait le choix de la mixité, comme c’est le cas dans le Nord. «Aujourd’hui, chaque département travaille dans son coin, sur la base d’initiatives locales et d’échanges entre chefs de service formation de département de même catégorie tels que les 59, 78, 91, 95, 77, 13, 69, 33, remarque le commandant Beauventre, il faut préciser qu’il n’y a pas encore de prise de conscience nationale au sein de la DDSC qui n’a pas encore impulsé de groupe de travail sur le permis C. » Un sujet qui se révèle pourtant sensible et fort coûteux : en 2005, le Sdis du Nord dépensera 300 000 euros pour assurer cette formation nécessaire.

Des candidatures évaluées avec soin
Sur les 70 sapeurs-pompiers formés chaque année en interne, la grande majorité est donc professionnelle, mais des volontaires y trouvant un réel intérêt pour le travail peuvent alors consacrer trois semaines de suite. Qu’ils soient employé communal ou qu’ils travaillant à la DDE, dans un garage, une exploitation agricole, une société de travaux publics… ils disposent d’une convention de disponibilité et peuvent bloquer trois semaines au titre de l’entreprise. Chacun y trouve son intérêt, y compris l’entreprise…



En interne comme en externe, les volontaires représentent environ 30 % des effectifs formés. « Le gros souci que l’on a aujourd’hui, c’est d’apprécier la pertinence des candidatures des volontaires, particulièrement pour ceux qui seront formés à l’extérieur, souligne le commandant Beauventre. Il ne s’agit pas pour le Sdis de qualifier des agents et de les voir ensuite partir faire de l’international. Cette pertinence des candidatures va s’apprécier en partenariat avec nos cinq chefs de groupement, qui ont la responsabilité de déceler l’agent : il faut qu’il soit jeune, stable dans son emploi, sédentaire, doté d’un sens pratique ; et qu’il soit ancré dans un secteur en situation critique, sans professionnels mais avec des engins conséquents.»



2004 étant la première année de formation à plein régime, le Sdis du Nord n’est pas en mesure de présenter une étude sur le taux de fuite de ses volontaires. Chez les professionnels, la pertinence des candidatures s’impose d’elle-même. « Sur les 200 agents embauchés par an, 80 % des professionnels passent leur permis C. Cela fait partie du métier et les résultats sont très positifs, avec 95 % de réussite. Du reste, le taux de satisfaction sur la qualité de formation est bien supérieur en autonomie qu’en externalisation. Ce n’est pas la société prestataire de services qui est remise en cause, mais le public est beaucoup plus attentif en interne.»



La motivation reste très forte dans un cas comme dans l’autre, explique Alain Mellier, 53 ans, moniteur recruté par le Sdis du Nord ayant mis l’école sur pied : « Je n’ai jamais travaillé avec des gens aussi motivés, aussi appliqués. En passant le permis, ils savent que leurs copains vont compter sur eux en intervention. Et forcément cela engage, cela responsabilise !»

La formation du SP conducteur
En formation dans l’école de conduite du Sdis, les candidats sont répartis par groupe de six. Leurs trois semaines vont se décomposer en 5 jours de Code, 3 jours de mécanique, 5 jours de conduite sur le plateau – en l’occurrence un parking loué dans une zone industrielle – et 5 jours de conduite en individuelle durant lesquels le moniteur apprécie la qualité de l’aspirant chauffeur. Au terme de ces sessions, quelques candidats passent chaque semaine devant l’examinateur de la DDE. Mais ce n’est pas parce qu’ils obtiennent leur permis C qu’ils sont pour autant habilités à conduire les engins des centres. « Quand on parle de la filière permis, ce n’est pas une fin en soi, ce n’est qu’un début, un accès à l’utilisation d’outils comme les FPT, échelles, véhicules hors chemins, 6 x 6… », remarque le commandant Beauventre.



Il s’agit donc ensuite de suivre le COD1 (formation au fourgon pompe-tonne) ou pour certains COD6 (formation aux échelles). Ce faisant, ils deviennent des SP conducteurs à part entière et non plus seulement des chauffeurs de poids lourd. Le travail, la fiche de poste d’un conducteur, est de savoir conduire le camion sur intervention, de faire une aspiration, de mettre en place les tuyaux, d’alimenter le fourgon… Tout ce savoir-faire nécessite un apprentissage complémentaire. Les candidats présents dans la salle de formation en ont bien conscience, comme le suggère la prise de parole d’un sapeur professionnel : « C’est une chose que d’amener le fourgon sur les lieux du sinistre, c’en est une autre d'envoyer l’eau à nos collègues qui vont éteindre le feu. Il faut une formation pour cela ; passer le permis poids lourd n’est qu’une entrée en matière. Le personnel dans mon CS est très méticuleux là-dessus, pour approfondir les thèmes de la pompe, des amorceurs… pour que je sois réellement opérationnel à 100 % sur intervention ». Les évaluateurs du Sdis estiment à six mois la durée d’une formation pour devenir réellement conducteur. Aux trois semaines intensives s’ajoutent celles qui se feront sur le terrain, dans chacun des centres, encadrés par le personnel aguerri. Les engins étant de plus en plus puissants, il faut que le jeune chauffeur s’exerce longtemps à la conduite pour acquérir une certaine sagesse.

Un engagement lourd de responsabilités
Le conducteur sapeur-pompier est un pivot important d’un centre de secours. Les technologies toujours plus nombreuses des fourgons et des échelles impliquent un savoir-faire et une technicité grandissante dans leur maniement. « Nous faisons en sorte de valoriser la technicité des conducteurs pour qu’ils aient le sentiment d’appartenir à une spécialité à part entière », confie le commandant Beauventre. Mais ces pivots, même s’ils sont reconnus à part entière, souffrent d’une forte sollicitation comme le reconnaissent certains SP dans la salle de formation. Ainsi pour Yohanne Boly, professionnel au CIS de Valenciennes : « En venant ici, j’ai bien sûr cherché à élargir mes compétences, mais aussi à soulager mes collègues conducteurs qui prennent beaucoup de piquets et qui commençaient à ronchonner ». Même réflexion de la part de Sébastien Demon, volontaire au CIS Sor-Le-Château : « Il y a un conducteur qui est quasiment toujours d’astreinte poids lourd. Quand je serai opérationnel, cela va le délester.»



Les personnes présentes à la formation témoignent d’un bel engagement et d’un grand sens des responsabilités. Pourtant un détail semble tempérer leurs ardeurs, qu’un des candidats résume de la sorte : « De nombreux pompiers, notamment volontaires, ne se sont pas présentés sur les listes pour passer le permis parce qu’ils savent qu’un conducteur peut être poursuivi pénalement s’il lui arrive quoi que ce soit au volant de l’engin. Ce n’est pas le Sdis qui est poursuivi mais le conducteur lui-même. Or le permis est quelque chose de sacré ! ». Et de fait, le conducteur sapeur-pompier est responsable en son nom propre durant toute l’intervention. Contrairement aux transporteurs de bus, par exemple, qui ont un permis de travail, le conducteur sapeur-pompier engage son permis personnel. Le paradoxe est qu’il peut être amené, dans le même temps, à déroger aux règles de la circulation : franchissements de bande continue, vitesse élevée… « Admettons que c’est un volontaire mécanicien en poids lourd qui a un accident, imagine le commandant Beauventre, si son permis lui est retiré, il perd son travail. Il perd tout pour avoir voulu rendre service à la société ! La DDSC a sans doute un travail à faire pour reconnaître que les gars conduisent dans des conditions particulières des engins spéciaux, et sont en outre des transporteurs de personnels. La DDSC pourrait nous aider en mettant en place un permis de travail par exemple.»

jsp13
Sergent CT2-SP
Sergent CT2-SP

Masculin
Nombre de messages : 1141
Age : 25
Localisation (ville, dépt &amp : Istres et JSP à Martigues
Métier du Secours (métier, grade, statut, etc...) : jsp
Date d'inscription : 17/03/2006

Voir le profil de l'utilisateur http://iguanazjunior.skyblog.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: Permis C: y a-t-il un pilote dans le camion ?

Message par Tiger-Boulx le Jeu 22 Juin 2006 - 23:05

Dans l'Eure (27), j'ai entendu dire que le permis C était payé par leur SDIS. Dans le Calvados (14), tu dois te le payer, mais tu le pays moins cher car le SDIS prend à sa charge une toute petite partie, et c'est le SDIS 14 qui choisi l'école...

_________________
3 activités... 1 passion !!! Sauver des vies...

http://CellulePhotos.skyblog.com
http://Ambu-14.skyrock.com
http://CRFLisieux14

Mon profil Secteur18

Tiger-Boulx


Masculin
Nombre de messages : 4763
Age : 34
Localisation (ville, dépt &amp : Lisieux - Calvados (14) - France
Métier du Secours (métier, grade, statut, etc...) : SPV (C/C 77) CRF (Chef d'Intervention & Directeur Adjoint 14) Auxiliaire-Ambulancier de nuit (14)
Date d'inscription : 27/02/2006

En savoir plus sur moi...
Points PP: Fondateur

Voir le profil de l'utilisateur http://cellulephotos.skyblog.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: Permis C: y a-t-il un pilote dans le camion ?

Message par vek le Jeu 29 Juin 2006 - 15:13

pour ma part je suis COD1 et COD2.

vek
J.S.P. Initié

Masculin
Nombre de messages : 68
Age : 34
Localisation (ville, dépt &amp : Ardéche
Date d'inscription : 27/05/2006

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Permis C: y a-t-il un pilote dans le camion ?

Message par sapjuju le Ven 3 Nov 2006 - 1:52

j'ai eut la chance de me faire payer le permis PL par mon sdis et c'est vraiment cool !
et depuis cette année le sdis pour avoir plus de permis PL et moins cher a remis en place une école de conduite en place

sapjuju
J.S.P. breveté
J.S.P. breveté

Masculin
Nombre de messages : 328
Age : 37
Localisation (ville, dépt &amp : Lyon (pour le travail) / Essonne (pour les SP)
Métier du Secours (métier, grade, statut, etc...) : SPV Lieutenant
Date d'inscription : 02/11/2006

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Permis C: y a-t-il un pilote dans le camion ?

Message par Starfire le Ven 3 Nov 2006 - 12:37

nous dans notre sdis il paye la moitié du permis, avant il payé tous mais ils se sont aperçu qu'après avoir passé le PL les personnes démissionnait ou partait du département po cool SP9 donc maintenant on paye la moitié !

Starfire
Modérateur Chef
Modérateur Chef

Masculin
Nombre de messages : 2968
Age : 29
Localisation (ville, dépt &amp : Indre et Loire (37)
Métier du Secours (métier, grade, statut, etc...) : 1ère classe SPV
Date d'inscription : 04/07/2006

En savoir plus sur moi...
Points PP: Aucun

Voir le profil de l'utilisateur http://starfire37.skyblog.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: Permis C: y a-t-il un pilote dans le camion ?

Message par Contenu sponsorisé Aujourd'hui à 5:52


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum